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Mathilde Panot

Prise de parole en séance

Abrogation de la retraite à 64 ans — Discussion générale

Date de l’acte

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Prise de parole en séance publique, première séance du jeudi 28 novembre 2024 : Abrogation de la retraite à 64 ans › Discussion générale.

Le relevé d’archive

Séance publique, première séance du jeudi 28 novembre 2024, sur « Abrogation de la retraite à 64 ans › Discussion générale ». Texte du compte rendu intégral, sans coupe ni reformulation.

Prise de parole

Vous avez perdu ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Vous aurez beau parler une heure durant pour empêcher le vote, vous avez perdu. Vous parlez longtemps, mais vos idées sont toujours aussi courtes – surtout pour un PowerPoint de McKinsey, madame la ministre. (Mêmes mouvements. – M. le rapporteur applaudit également. – Mme Sandra Marsaud s’exclame.)

Vous avez perdu dans les urnes : débâcle aux européennes, raclée électorale aux législatives. Vous avez décidé de voler le résultat du suffrage avec un gouvernement en apesanteur sociale, dépourvu de toute légitimité démocratique, mais vous avez déjà perdu. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Votre défaite morale et politique s’incarne dans une réforme violemment imposée qui a mis le feu au pays et réduit votre mandat en cendres : la réforme des retraites – et cette réforme, c’est la vôtre ! (Mêmes mouvements.) Aujourd’hui, nous allons l’abroger, et c’est par elle que vous tomberez.

Ce jour est historique : le peuple violenté, le peuple méprisé, le peuple indigné vient reprendre les deux ans de vie que vous avez tenté de lui arracher. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)

Oui, le peuple va abroger aujourd’hui, par la voix de ses représentants, cette réforme inique. C’est le seul souverain, et il s’est exprimé dans les manifestations et dans les urnes. Aujourd’hui, il vous faudra le reconnaître !

Dans l’histoire de notre pays – celui de la grande Révolution de 1789 ; celui où les droits, égaux pour tous, l’emportent sur les injonctions du monarque –, ce jour fera date. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) C’est un jour de bascule !

Les principes démocratiques sont ici en jeu : la souveraineté du peuple s’oppose à la violence sociale que vous n’avez cessé d’exercer depuis 2017. Déjà, contre votre réforme, la longue trame des grèves, des manifestations et des indignations du peuple uni et insoumis de France avait ressurgi.

Le peuple de 1910 s’était battu contre la retraite à 65 ans, appelée « retraite pour les morts ». Le peuple de 1945 avait arraché « la Sociale », en proclamant haut son principe fondateur : de chacun selon ses moyens à chacun selon ses besoins. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et GDR.) Le peuple de mai 1968 avait lutté pour ses droits, pour les solidarités concrètes et pour l’émancipation. Plus récemment, le peuple des ronds-points, celui des précaires, des femmes et des gilets jaunes, avait mené le combat pour la dignité du pays tout entier. (Mêmes mouvements.)

En 2023, avez-vous reconnu le son particulier des manifestations et de La Marseillaise que nous avions entonnée dans cet hémicycle ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) C’est le son du peuple en mouvement, alors que vous l’aimez docile et obéissant. Il s’est levé et reste debout. Il vous enjoint de regarder les conséquences sociales de vos politiques de malheur. (Mme Sandra Marsaud s’exclame.)

Ces voix qui, par millions, pendant des mois, ont défendu dans les rues la conquête sociale du temps libéré font encore trembler les murs de l’hémicycle.

Rien ne sera plus comme avant. C’est un jour de bascule, celui où nous vous ferons battre en retraite sur cette réforme injuste et injustifiée (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. le rapporteur applaudit également) , afin que ce peuple dont vous avez sans cesse bafoué l’expression souveraine retrouve sa dignité.

Une décision qui engage l’existence de tous et qui s’applique contre l’avis du plus grand nombre ne s’amende pas, elle s’abroge. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Anna Pic applaudit également.) Un président qui a perdu deux élections après un tel fiasco ne s’obstine pas, il démissionne. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. le rapporteur applaudit également.)

Vous n’avez toujours pas compris l’ampleur populaire de la bataille menée contre vous.

Vous n’avez toujours pas compris que la retraite à 64 ans blesse nos concitoyens dans leur chair et épuise les esprits. C’est de corps usés, fatigués, malades, meurtris que vous exigez deux ans ferme supplémentaires, et les femmes, aux carrières hachées, sont les premières blessées par votre réforme.

Vous n’avez toujours pas compris que la retraite à 64 ans atteint la dignité de millions de gens qui, contrairement à vous, prennent leur existence et celle des autres au sérieux. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Ils tiennent leur vie en haute estime, alors que vous lui accordez si peu de valeur. Ils s’inscrivent dans l’idée commune d’une république sociale, que vous conspuez par vos mots et par vos actes.

Vous n’avez toujours pas compris qu’en reportant l’âge de départ à la retraite, vous menacez le droit des gens à disposer librement de leur temps : la possibilité de passer du temps avec ses petits-enfants, de jouer de la musique, de prendre soin de soi (Mêmes mouvements) , d’admirer un ciel étoilé, d’être engagé dans une association ou dans un syndicat.

Nous représentons ici les héritiers de ces luttes acharnées pour le droit de chacun à organiser sa vie hors du temps contraint du travail. Au fond, la diminution du temps de travail, c’est simplement celle du temps contraint et l’augmentation du temps libre, celui que l’on maîtrise, et non, tant s’en faut, celui où l’on ne fait rien.

C’est le temps où la société s’invente, se vit et se lit, où des liens créateurs se nouent ; c’est celui d’une société placée sous le signe d’un principe, l’égalité, que vous détestez même s’il figure sur le fronton de toutes nos mairies. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Alexis Corbière applaudit également.)

Actuellement, 33 % des maires de petite commune, 50 % des maires de commune rurale et 40 % des présidents d’association sont des retraités. Chaque semaine, les retraités effectuent 23 millions d’heures de garde de leurs petits-enfants. N’est-ce pas essentiel ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe SOC et GDR.)

Vous n’avez toujours pas compris que les Français rejettent votre monde de malheur, celui où la domination du marché condamne toute l’humanité, celui où l’être humain doit travailler pour acheter, et vivre pour payer.

Nous voulons retrouver notre liberté, cet autre principe républicain que vous semblez difficilement entendre. Nous voulons une civilisation de l’entraide pour trouver ce qui remplit nos existences et leur donne du sens – il s’agit là de la fraternité humaine. De fait, c’est toute notre devise que votre réforme brutale a reniée ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP. – M. Stéphane Peu applaudit également.)

Vous l’avez si peu compris que vous souhaitez organiser aujourd’hui l’obstruction contre le peuple. Selon vous, nous avons procédé de la même façon. Mais quand nous avons tout mis en œuvre pour faire échouer votre réforme, c’était forts d’un mandat venu du pays tout entier ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. le rapporteur et Mme Karine Lebon applaudissent également.)

Faibles, conspués, rejetés, vous souhaitez organiser l’obstruction en vertu du mandat que vous exercez toujours, celui que vous ont confié les plus fortunés de notre pays, qui refusent la moindre concession pour partager les richesses – certains, comme les plus extrêmes d’entre vous, plaident même pour repousser encore davantage l’âge de la retraite.

C’est un jour de bascule, celui où nous réparons l’affront que vous avez fait à la souveraineté populaire, celui où s’achève la lente agonie de la présidence d’Emmanuel Macron. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. le rapporteur applaudit également.) Élisabeth Borne en a déclenché le début le jour où elle a eu recours au 49.3, ici même, pour faire passer sa réforme des retraites, condamnant un peuple tout entier à deux ans de vie volés.

Oui, le mandat du président a alors pris fin, car dès lors, plus personne n’a cru en vous. Ce président en dessous de tout se croit autorisé à insulter le peuple frère haïtien. Ce président s’en prend au droit international en refusant d’appliquer le mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale contre Netanyahou. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Karine Lebon applaudit également.)

Ce président nous couvre de honte aux yeux du monde.

Il y a bel et bien une réalité internationale à l’œuvre dans cette bataille des retraites : partout, on a observé votre gouvernement autoritaire. Et partout, ce passage en force a été considéré pour ce qu’il est : la négation de la souveraineté populaire, le refus des principes fondateurs de la Révolution française, la haine de la solidarité – que vous portez en étendard. Quant à nous, nous brandissons aujourd’hui le drapeau qui fait la fierté de la France aux yeux du monde, les principes qui permettent à sa voix de porter et de résonner pour peu qu’elle soit cohérente avec elle-même.

Aujourd’hui, la France peut se retrouver, montrer qu’elle est toujours un pays de démocratie ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. le rapporteur applaudit également.) C’est un jour de bascule. La France peut renouer avec la conquête de droits nouveaux : aujourd’hui, la retraite à 62 ans ; demain la retraite à 60 ans ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe GDR.)

Cette réforme était destinée à tomber avec vous. Elle tombera aujourd’hui, et vous tomberez bientôt. Si vous nous empêchez de voter aujourd’hui, nous aurons une raison supplémentaire de vous censurer ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Et quand le gouvernement Barnier tombera, Emmanuel Macron n’aura plus qu’à nommer Lucie Castets ou à s’en aller. (Mêmes mouvements. – M. le rapporteur applaudit également.)

Peu importe l’issue du vote, vous avez perdu. Quoi qu’il arrive, le peuple aura le dernier mot.

Une autre politique est possible, loin du chaos dans lequel vous avez plongé le pays,…

…une politique à la hauteur des besoins sociaux, écologiques et démocratiques de notre temps.

Une autre politique est possible. Vous dites que c’est dur de faire travailler les gens davantage ; vous prétendez être raisonnables et faire des choix courageux. En réalité, vous pourrissez la vie de nos concitoyens et vous organisez le désastre ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. le rapporteur et Mme Karine Lebon applaudissent également.)

Une autre politique est possible, qui s’appuie sur un seul principe – la souveraineté – et ne connaît qu’un seul maître – le peuple ! Une autre politique est possible, qui laisse ouvert l’horizon des joies collectives et du bonheur commun, comme nous y invite le poète résistant Robert Desnos.

« Une voix, une voix qui vient de si loin […] / Parvient pourtant, distinctement, jusqu’à nous. […] / Elle ne parle que d’été et de printemps, / Elle emplit le corps de joie, / Elle allume aux lèvres le sourire. / Je l’écoute. Ce n’est qu’une voix humaine / Qui traverse les fracas de la vie et des batailles […] / Et vous ? Ne l’entendez-vous pas ? »

« Elle dit "La peine sera de courte durée" / Elle dit "La belle saison est proche." / Ne l’entendez-vous pas ? » (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP, SOC, EcoS et GDR. – Les députés du groupe LFI-NFP et Mme Karine Lebon applaudissent debout.)

Compte rendu intégral de la séance sur le site de l'Assemblée nationale.