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Mathilde Panot

Prise de parole en séance

Déclaration du gouvernement et débat

Date de l’acte

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Prise de parole en séance publique, première séance du mardi 14 janvier 2025 : Déclaration du gouvernement et débat.

Le relevé d’archive

Séance publique, première séance du mardi 14 janvier 2025, sur « Déclaration du gouvernement et débat ». Texte du compte rendu intégral, sans coupe ni reformulation.

Prise de parole

Présidente, ministres, collègues. (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes EPR et DR.)

Monsieur le premier ministre, vous attendiez désespérément votre heure. Elle est venue et vous ne respectez rien – ni le résultat des urnes, ni la souveraineté du peuple.

Votre gouvernement recycle les artisans du malheur de la France pour jouer dans la morosité le requiem de la Macronie. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Nous n’avions jamais vu un gouvernement avec un premier ministre imposé, deux anciens premiers ministres figurant à ses côtés. L’un est tristement connu pour la déchéance de nationalité et la loi travail, mais aussi pour avoir déjà trahi le résultat d’un vote. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Battu en France, il s’en était allé perdre les élections en Catalogne avant de revenir dans votre gouvernement de défaites et de défaits. L’autre est réputée pour le passage en force de l’indigne réforme des retraites – menée contre l’Assemblée nationale, contre les syndicats et contre le peuple – et la répression du plus grand mouvement social depuis Mai 68. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

À eux deux, ils ont battu, quelque quarante ans après, le record du nombre d’utilisations du 49.3.

Votre ministre de l’intérieur s’est illustré par ses déclarations racistes en qualifiant une partie de nos concitoyens de « Français de papier ». Il s’improvise en diplomate avec l’Algérie mais n’est finalement qu’un piètre agitateur. (Mêmes mouvements.)

Pour qui se prend Bruno Retailleau, à vouloir provoquer une tension insupportable pour des millions de Français qui vivent une relation directe d’affection et de fraternité respectueuse avec le peuple algérien ? (Mêmes mouvements.)

Autour de vous figurent les acteurs d’une Ve République finissante, arc-boutée sur la défense du monarque présidentiel contre l’expression du suffrage universel et la souveraineté populaire. La leçon de l’été dernier a pourtant le mérite de la clarté : Macron doit partir après la troisième élection perdue depuis 2022. (Mêmes mouvements.)

Son fameux « projet » – comme il le hurlait en 2017 – est massivement rejeté par les Français. Démanteler la République sociale, affaiblir les services publics, comprimer davantage les salaires, gouverner par la matraque, ignorer l’urgence écologique, concentrer le pouvoir et les richesses dans une poignée de mains, humilier la France à l’international : le pays est épuisé de ce président et de sa politique.

Vous ne respectez pas le suffrage universel et vous abaissez la France. Lorsque des membres de votre gouvernement et vous-même rendez plus ou moins discrètement hommage à Jean-Marie Le Pen, vous vous asseyez sur le sens du scrutin du 7 juillet dernier. (Mêmes mouvements.)

Le peuple de France a battu l’extrême droite car il se rappelle de quel bois elle est faite.

Nos concitoyens se rappellent que Jean-Marie Le Pen a fondé son parti avec d’anciens Waffen-SS, qu’il a qualifié à de multiples reprises la Shoah de « détail de l’histoire », qu’il a torturé en Algérie (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS) et qu’il était un raciste patenté et un ennemi de la République. La participation de quinze députés du Rassemblement national à deux groupes Facebook ouvertement et profondément racistes nous rappelle qu’ils n’ont pas rompu avec cette origine. (Mêmes mouvements.)

Non, monsieur le premier ministre, Jean-Marie Le Pen n’est pas un « combattant » dont on peut saluer la disparition comme si l’on perdait un partenaire de jeu. C’était un adversaire résolu des principes qui fondent la République et notre devise universelle : Liberté, égalité, fraternité . (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Peut-être cette devise ne sied-elle plus au président de la République, qui, selon le journal Le Monde , considère que le problème des urgences tient au nombre de « Mamadou » qui s’y trouvent…

…ou confie au rédacteur en chef de Valeurs actuelles que le terrain de l’extrême droite est celui qu’il préfère. On comprend mieux pourquoi le président de la République a été déçu des résultats de la dernière élection : contrairement au pays, c’est l’extrême droite qu’il souhaitait voir arriver au pouvoir. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

Quant à vous, ancien centriste repenti, dernier des radicalisés de la Macronie, vous voici à animer la dernière ligne de défense d’une politique sans partisan ni avenir. (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes EPR et Dem.) La fête sera de courte durée.

Car le bilan de sept ans de Macronie est déjà connu : vous avez ramené la France à l’état d’un pays qui a faim. Une personne sur trois se prive régulièrement de repas pour nourrir ses enfants. Le nombre de personnes ayant besoin de solliciter l’aide alimentaire a triplé en dix ans. J’ajoute que le scorbut est de retour. On compte en effet des centaines de cas alors que nous sommes au XXIe siècle. Je rappelle que cette maladie de la misère et de la malnutrition se développe chez des enfants lorsqu’ils n’ont mangé aucun fruit et légume pendant deux mois.

Or vous n’avez jamais daigné bloquer les prix des aliments de première nécessité. Cette maladie est le symbole de votre politique de malheur. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Sandrine Rousseau applaudit également.)

Vous incarnez le pays dans lequel se soigner est devenu presque impossible. Après un siècle de lutte pour établir la solidarité universelle, on fait mourir sur des brancards et partout, on prive de soins.

Vous incarnez le pays dans lequel l’école ne permet plus à la majorité des enfants d’étudier sans avoir le ventre vide ou être confrontés à des murs qui s’effondrent, ou tout simplement en ayant un enseignant devant eux.

Décidément, vous ne respectez rien, pas même quand Mayotte connaît la pire catastrophe de son histoire. Votre premier acte, monsieur le premier ministre, aura été de voler vers Pau alors qu’une réunion d’urgence se tenait pour planifier l’aide à apporter aux Mahorais.

Vous avez mis la Nouvelle Calédonie-Kanaky à feu et à sang. Vous avez réprimé de la pire manière les mobilisations populaires contre la vie chère en Martinique. Avez-vous entendu le président de la République s’adresser aux Mahorais en leur disant qu’ils seraient « dix mille fois plus dans la merde » s’ils n’étaient pas en France ? Qui peut accepter que le chef de l’État parle ainsi ? Qu’il s’en aille une bonne fois pour toutes et qu’on ne le revoie plus ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

L’hôpital est en ruines, l’école en lambeaux, Mayotte à terre. Dans ce département, la population, composée pour moitié d’enfants, se retrouve à manquer de tout : d’eau, de nourriture, d’électricité et d’un toit sur la tête. Pendant ce temps, vous pensez encore à faire 50 milliards d’économies dans le cadre d’un budget pire que celui de M. Barnier.

Pire budget, même tarif : la censure. (Mêmes mouvements.)

Vous ne respectez rien au point d’ignorer parfois jusqu’au sens des mots que vous employez. Vous dites avoir été responsable de la planification. Alors que le XXIe siècle impose ses cyclones et ses déserts, ses sécheresses et ses inondations, où est votre plan ?

La crise écologique est au cœur des bouleversements majeurs qui nous frappent. Quand comprendrez-vous que l’humanité avance vers la destruction du seul écosystème compatible avec la vie humaine ? La preuve par Mayotte en France, la preuve par Los Angeles ailleurs.

Cette année 2024 fut la plus chaude et la plus pluvieuse de l’histoire de France. Pourtant, votre programme reste celui de l’impuissance organisée face à cette tragédie contemporaine et vos paroles sont autant de renoncements. Le dérèglement climatique a plus que commencé : il est omniprésent. Ce sont les structures de production et de consommation qu’il faut changer, des investissements d’avenir qu’il faut consentir ; et il faut financer tout cela par le partage des richesses.

Enfin, il nous faut gouverner en nous fondant sur les besoins sociaux et écologiques. Tous ceux qui préfèrent protéger les puissances de l’argent plutôt que de préparer la société tout entière à s’en préserver portent une lourde responsabilité. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Vous ne respectez pas ce qu’est la France devant l’histoire. Où est-elle alors que le génocide se poursuit à Gaza ? Ce n’est pas la Palestine seule qui est en cause, mais l’humanité tout entière et les principes du droit international que la France se doit, parmi toutes les nations, de défendre avec le sens de l’histoire et de sa responsabilité morale et politique. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe GDR.) Il faut que le génocide cesse ! Il faut arrêter les ventes d’armes à Israël, suspendre l’accord d’association Union européenne-Israël, sanctionner Netanyahou et appliquer le mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale. Il faut reconnaître tout de suite l’État de Palestine !

Non, vous ne respectez rien : ni les élections, ni le peuple, ni la grandeur de la France sur la scène internationale. Obsédé par votre propre destin, vous ne servez en réalité que le dessein obstiné d’Emmanuel Macron, qui s’accroche à un pouvoir que le peuple français lui a pourtant ôté lors des dernières élections. Monsieur le premier ministre, vous ne vous honorez pas à servir ce projet néfaste.

Plus tôt vous serez parti, mieux ce sera, car plus tôt vous serez parti, plus tôt le président s’en ira et plus tôt nous pourrons partager les richesses au service du peuple et de la République sociale. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont de nombreux députés se lèvent.) Une fois Emmanuel Macron parti, alors, la VIe République sera plus que jamais à l’ordre du jour !

Bien entendu, vous ne demandez pas la confiance à l’Assemblée nationale, car vous ne l’avez pas davantage que celle du peuple.

Nous vous censurerons et nous en finirons avec la réforme qui a repoussé l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans. Nous sommes majoritaires dans le pays et au Parlement. Une réforme passée en force, qui frappe dans leur chair des millions de gens, ne s’amende pas, ne se suspend pas, ne se gèle pas : elle s’abroge ! (Mêmes mouvements.)

S’agissant du programme qu’il vous reste, nous ne sommes pas dupes : ce sera un budget austéritaire puis une énième loi sur l’immigration. Gare à celles et ceux qui vous assisteront dans cette tâche en acceptant des miettes !

En défenseurs déterminés de l’unité du peuple et de l’égalité humaine, nous reprenons les mots du grand Victor Hugo.

« Au fond des cieux un point scintille. / Regardez, il grandit, il brille, / Il approche, énorme et vermeil. / Ô République universelle, / Tu n’es encor que l’étincelle, / Demain tu seras le soleil ! » (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent. – Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS et GDR.)

Compte rendu intégral de la séance sur le site de l'Assemblée nationale.