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Mathilde Panot

Prise de parole en séance

Abrogation de la réforme des retraites — Discussion générale

Date de l’acte

Consulter le document officiel à l’Assemblée nationale

Prise de parole en séance publique, première séance du jeudi 05 juin 2025 : Abrogation de la réforme des retraites › Discussion générale.

Le relevé d’archive

Séance publique, première séance du jeudi 05 juin 2025, sur « Abrogation de la réforme des retraites › Discussion générale ». Texte du compte rendu intégral, sans coupe ni reformulation.

Prise de parole

Vous n’aimez la démocratie que lorsqu’elle convient aux intérêts que vous défendez. Malgré votre défaite aux élections européennes de 2024, puis aux législatives qui ont suivi, vous continuez de gouverner comme si de rien n’était.

Comme si de rien n’était, vous voici à nouveau devant nous à refuser d’abroger le vol de deux ans de vie subi par le peuple français. Votre gouvernement minoritaire, sans légitimité parlementaire ni populaire, pensait que les gens allaient juste oublier. Oublier que la retraite à 64 ans n’a jamais été votée par l’Assemblée. Oublier que le centième 49.3 de la Ve République a été utilisé pour passer en force cette réforme contre l’ensemble des syndicats, contre des millions de grévistes et de manifestants, contre un peuple tout entier.

Mais rien n’y fait. Personne n’oublie. Personne n’oublie ces deux ans de travail en plus, cette souffrance infligée à la démocratie. Tout le monde comprend que la retraite à 64 ans aurait dû être abrogée depuis longtemps, surtout après la mobilisation citoyenne massive dans les urnes qui nous a donné la victoire et qui vous a lourdement défaits. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et GDR.)

Vous avez tout tenté. Vous avez refusé de reconnaître le résultat des urnes. Vous avez fait une obstruction massive lors de notre journée réservée du 28 novembre pour empêcher l’Assemblée de voter la fin de la retraite à 64 ans. Vous combattez le droit d’amendement quand il s’agit de pourrir la santé des Français avec la loi « pesticides », mais pour faire cracher à tout le pays deux ans de boulot supplémentaire, aucun problème ! (Mêmes mouvements.)

Lors de l’examen du budget de la sécurité sociale, vous avez rejeté par 49.3 l’amendement insoumis qui tendait à abroger cette réforme, quand bien même il avait été largement adopté. Vous avez inventé une mascarade de conclave. Vous osez même en appeler au dialogue social, alors que vous avez passé cette réforme au forceps contre la volonté populaire.

Mais rien n’y fait. Nous voici à nouveau avec cette résolution qui, si elle n’est pas contraignante, montrera que nous sommes toujours largement majoritaires à l’Assemblée pour refuser ce recul de l’âge de la retraite. Majoritaires à l’Assemblée et majoritaires dans le pays, puisqu’en avril 2025, ce sont toujours trois quarts des salariés et deux tiers des Français qui souhaitent l’abrogation de la retraite à 64 ans.

Rien n’y fait et rien n’y fera, car il y a exactement deux ans, nous faisions à l’Assemblée cette promesse solennelle : nous ne renoncerons jamais à revenir sur cette réforme injuste et injustifiée et à rétablir le droit à la retraite à 60 ans. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et GDR. – M. François Ruffin applaudit également.) Madame la ministre, nous tiendrons cette promesse. Jamais vous ne viendrez à bout de nous !

Vous n’avez toujours rien compris à ce qui est en jeu. Une réforme qui touche des millions de personnes dans leur chair et ce pour des générations ; 15 000 personnes qui mourront avant de toucher leur première journée de retraite ; les femmes aux carrières hachées qui se demandent comment tenir jusqu’à 67 ans ; les ouvriers épuisés ; nos compatriotes ultramarins frappés de plein fouet par le chômage et la pauvreté ; les artisans abandonnés ; la jeunesse précarisée. Personne n’a intérêt à votre réforme ; personne n’en veut. Depuis votre réforme, deux fois plus de salariés du privé partent en retraite avec une décote.

Vous n’avez toujours rien compris, car ce qui est en jeu, c’est le droit de disposer librement de son temps, hors du temps contraint du travail, le droit de passer du temps avec les siens, de s’occuper de son jardin, de prendre soin des autres ; le temps où la société se vit et se lit.

Aujourd’hui, 50 % des maires de communes rurales sont des retraités, 40 % des présidents d’associations sont des retraités. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Sébastien Peytavie applaudit également.) Chaque semaine, ce sont des retraités qui effectuent 23 millions d’heures de garde de leurs petits-enfants. Ne comptez pas sur vos petits tableaux Excel pour cela ; ils vous ont déjà conduits à ruiner le pays.

Vous voilà, deux ans après, à courir après les folies de la retraite par capitalisation et du travail à n’en plus finir. Vous rêvez du Danemark qui a décidé de la retraite à 70 ans. Vous détruisez le modèle social qui fait la fierté de la France dans le monde. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et GDR.)

Ce qui est en jeu, c’est le refus absolu d’un pays où l’on produit plus pour produire plus mal, où 20 % de la nourriture finit à la poubelle, où règne le tout-gaspillage et le tout-jetable, des objets aux êtres humains. Ce qui est en jeu, c’est la dignité de millions de gens qui après avoir tout subi, tout encaissé pendant des années, refusent de se laisser mépriser et osent se redresser, prendre la parole, se mettre debout.

Non, vous ne viendrez jamais à bout de nous. Nous serons toujours les partisans de la civilisation du temps libéré, pour que chacun puisse travailler moins et mieux, tout en recevant sa part des richesses socialement produites. (Mêmes mouvements.) Nous ferons la retraite à 60 ans, la sixième semaine de congés payés et l’augmentation des salaires.

On peut situer la fin du mandat d’Emmanuel Macron au jour où Élisabeth Borne, en mercenaire zélée, prononçait ce 49.3 pour imposer la retraite à 64 ans. Cette sécession éclatante avec la souveraineté populaire entraînera votre chute. Votre politique antisociale conduira à votre disparition, et la France devra bientôt choisir entre le camp des racistes et des soutiens au génocide des Palestiniens et le camp de l’union populaire et des principes concrets de l’humanisme. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe GDR.)

La vie politique n’échappe pas aux lois de la physique. L’une d’elles est appelée la précession gyroscopique – autrement dit, le retour à l’envoyeur. Elle est aussi valable en politique : le peuple sanctionne toujours ceux qui ne le respectent pas. Bientôt le peuple en finira avec votre politique de malheur et la Ve République à bout de souffle.

Des mots de Victor Hugo, qui se rapportent aisément au monarque présidentiel et à cette réforme que nous refusons de toute notre volonté, nous reviennent en écho : « En général, quand une catastrophe privée ou publique s’est écroulée sur nous, si nous examinons, d’après les décombres qui en gisent à terre, de quelle façon elle s’est échafaudée, nous trouvons presque toujours qu’elle a été aveuglément construite par un homme médiocre et obstiné qui avait foi en lui et qui s’admirait. » (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent. – Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et EcoS.)

Compte rendu intégral de la séance sur le site de l'Assemblée nationale.