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Mathilde Panot

Prise de parole en séance

Programmation nationale énergie et climat pour les années 2025 à 2035 — Article 3 (suite)

Date de l’acte

Consulter le document officiel à l’Assemblée nationale

Prise de parole en séance publique, première séance du mercredi 18 juin 2025 : Programmation nationale énergie et climat pour les années 2025 à 2035 › Discussion des articles (suite) › Article 3 (suite).

Le relevé d’archive

Séance publique, première séance du mercredi 18 juin 2025, sur « Programmation nationale énergie et climat pour les années 2025 à 2035 › Discussion des articles (suite) › Article 3 (suite) ». Texte du compte rendu intégral, sans coupe ni reformulation.

Prise de parole

Au moment où nous devons nous prononcer sur l’ensemble de ces amendements, je souhaite que nous réalisions le choix de civilisation que nous nous apprêtons à faire. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP. – Exclamations sur plusieurs bancs des groupes RN, EPR et DR.)

J’utilise ce terme à dessein. Si vous vouliez être un peu plus intelligents (Nouvelles exclamations sur les bancs des groupes RN, EPR et DR) , vous iriez lire la bande dessinée d’Étienne Davodeau, Le Droit du sol . L’auteur y raconte son périple depuis la grotte de Pech Merle jusqu’au site Cigeo, à Bure, dans lequel doit se faire l’enfouissement des déchets nucléaires pour au moins 100 000 ans. Il faut imaginer qu’il y a moins de temps entre notre génération humaine – celle qui vit actuellement sur Terre – et celle qui nous a légué, il y a 20 000 ans, les chevaux et les mammouths des peintures rupestres, entre notre génération et celle qui sera là dans 100 000 ans, lorsque les déchets nucléaires auront cessé d’être radioactifs. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Telle est l’ampleur du choix que l’on s’apprête à faire !

Monsieur le ministre, monsieur le rapporteur, j’ai pour vous une question très simple : comment allez-vous prévenir les générations futures que des déchets nucléaires sont enfouis à cet endroit ? Sur quelle matière ? Dans quelle langue ? (Mêmes mouvements.) Je vous donne un exemple : en 2018, nous avons retrouvé à proximité de Verdun une usine de destruction d’obus, qui polluait les sols avec du plomb, du zinc et de l’arsenic – c’est comme cela qu’elle a été découverte. Cette usine avait détruit, dans les années 1920, 1,5 million d’obus chimiques et 30 000 obus explosifs.

Cent ans après, nous ne savions plus que cette usine avait été là ! Comment allez-vous faire pour que, dans 100 000 ans, on se rappelle qu’il y a des déchets nucléaires à cet endroit ? C’est impossible. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Si vous avez autant besoin de Cigeo, c’est parce que c’est la condition pour que le nucléaire continue, puisque personne ne sait que faire des déchets.

Il a été démontré que les scénarios alternatifs n’ont pas été sérieusement étudiés. Certains parlent par exemple d’entreposer les déchets en surface, ou proches de la surface : cela n’a pas été étudié. Nous allons donc nous lancer dans ce projet qui engage le futur de façon démentielle.

Monsieur le ministre, je suis très heureuse, avec mon groupe parlementaire, que votre autoritarisme, votre volonté d’imposer partout le nucléaire et son monde, aient reçu un coup de frein grâce à la décision de justice rendue en faveur des militants de Bure, qui luttent pour l’intérêt général, pour que la Meuse ne devienne pas une poubelle nucléaire. Ces militants ont été relaxés après huit ans pendant lesquels on a criminalisé leur action, les accusant de constituer une association de malfaiteurs : toutes les charges ont été abandonnées. Mais pendant ces huit années, ils ont été interdits de territoire, ils ont eu interdiction de se voir entre eux ; vous avez dévoyé les moyens antiterroristes en posant des balises sous leurs véhicules ; les 54 000 conversations téléphoniques interceptées durent seize années au total. Tout cela pour rien ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP ainsi que sur de nombreux bancs du groupe EcoS.) Voilà qui devrait vous faire réfléchir.

Un premier site choisi avant celui de la Meuse se trouvait dans les Deux-Sèvres. Il a été abandonné face à la lutte implacable des paysans qui ont refusé qu’on déverse les déchets nucléaires chez eux, et après la mort de deux jeunes. Le projet a alors été reporté vers la Meuse : on espérait que le peu d’habitants – c’est un des départements les moins peuplés de notre pays – empêcherait la contestation. Eh bien, il faut le constater : la contestation est là, et elle continuera. Nous serons nombreux et nombreuses, le 20 septembre, à Bure, pour lutter contre le nucléaire et son monde. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP ainsi que sur de nombreux bancs du groupe EcoS.)

Réalisez, collègues, que nous discutons d’une proposition de loi, déposée, comme d’habitude, par un sénateur – même pas d’un projet de loi. Le texte n’est donc accompagné d’aucune étude d’impact. Et le gouvernement nous dit qu’il ne sait pas ce qu’il mettra dans la programmation pluriannuelle de l’énergie, après deux ans de retard puisque celle-ci devait être adoptée en 2023. Enfin, les macronistes, pour la quatrième fois en un mois, nous disent qu’ils voteront probablement contre et que, donc, rien de ce que nous discutons ici ne servira à quoi que ce soit.

Le peuple français n’a jamais choisi de lier son destin à l’atome.

Nous voulons, nous, une véritable planification écologique. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Il faudra discuter du fait que le nucléaire est plus cher que les énergies renouvelables ; c’est même un gouffre financier. Il faudra discuter du fait que le nucléaire n’est pas résilient vis-à-vis du dérèglement climatique. Toutes les études scientifiques prévoient une baisse du débit de 40 % du Rhône, fleuve le plus nucléarisé de France : on ne pourra plus refroidir les réacteurs nucléaires. Vous devriez réfléchir aux travailleurs du nucléaire, notamment du nucléaire low cost que vous prévoyez.

Voter pour continuer dans la voie du tout-nucléaire est une folie qui nous engage non pas pour dix ans, mais pour des centaines de milliers d’années. Nous serons toujours aux côtés de ceux qui la refusent ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP ainsi que sur de nombreux bancs du groupe EcoS.)

Compte rendu intégral de la séance sur le site de l'Assemblée nationale.