Suspension et reprise de la séance
Prise de parole en séance publique, deuxième séance du mercredi 25 juin 2025 : Suspension et reprise de la séance.
Le relevé d’archive
Séance publique, deuxième séance du mercredi 25 juin 2025, sur « Suspension et reprise de la séance ». Texte du compte rendu intégral, sans coupe ni reformulation.
Prise de parole
Je voudrais tout d’abord saluer et remercier, en notre nom à tous, les pompiers qui se sont mobilisés pour intervenir au plus vite. (Applaudissements sur tous les bancs.)
Président, monsieur le premier ministre, collègues, vous devez refuser la guerre. La France doit parler haut et fort, pour que sa voix cesse d’être couverte par le bruit des bombes. Hélas, vos atermoiements ont rendu la position de notre pays inaudible. Il y a un siècle déjà, Jean Jaurès prévenait les contemporains de son temps séduits par la violence exacerbée : « On ne fait pas la guerre pour se débarrasser de la guerre ». Ses leçons valent pour aujourd’hui. Le monde est au bord d’un gouffre, placé là par l’inconséquence et la déraison totale de ceux qui aiment à se poser en dirigeants du bloc occidental. Il fut un temps où l’obsession de la diplomatie française n’était pas de plaire aux seuls occidentaux, incapables de comprendre les transformations en cours, mais de parler au monde entier. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
La France doit demander des explications au chancelier allemand Friedrich Merz qui a considéré qu’Israël faisait le « sale boulot pour nous tous » en déclenchant un conflit régional et en bombardant des installations civiles, ce qui est un crime de guerre. Nous n’aimons pas, alors que notre voisin veut devenir la première armée conventionnelle d’Europe, entendre des mots d’une telle violence, et si éloignés du droit international. (Mêmes mouvements.)
Vous devez refuser la guerre. Vous devez refuser cette guerre sans limite qui ne mène à rien, sinon à la déstabilisation toujours plus grande du Proche-Orient, et par là du monde entier.
Nous vous avons demandé ce débat car nous avons été stupéfaits de votre incapacité à condamner l’agression israélienne contre l’Iran, dont il ne fait aucun doute qu’elle est contraire au droit international. Vous avez mis dix jours à nous répondre et vous refusez aujourd’hui que la représentation nationale puisse voter. La position de la France vis-à-vis d’une guerre de cette ampleur ne peut dépendre de la volonté d’un seul homme, fût-il le président de la République.
En 1967, le Général de Gaulle disait au gouvernement d’Israël que si Israël était attaqué, nous ne le laisserions pas détruire mais que si Israël attaquait, nous condamnerions son initiative. Puisqu’Israël a attaqué en premier, la France n’avait aucunement à participer à sa défense.
En affirmant, après les bombardements de la nuit du 12 juin, l’attachement de la France au droit d’Israël à se défendre, vous avez fait mine d’ignorer que c’était précisément Israël qui avait attaqué en premier lieu. Vous avez rompu avec l’attachement de la France au droit international, capitulé sans conditions devant l’internationale réactionnaire en ralliant la doctrine de la guerre préventive. (Mêmes mouvements.)
Cela vous a conduits à regarder, impuissants, les frappes israéliennes sur la prison d’Evin, dans laquelle sont pourtant enfermés deux Français, Cécile Kohler et Jacques Paris, ainsi que la jeunesse condamnée à mort par le régime iranien. Vous êtes restés muets devant les frappes sur les installations nucléaires iraniennes, pourtant considérées comme des crimes de guerre, et faisant peser un risque de contamination radioactive. Vous devez refuser la guerre, tout particulièrement la guerre préventive. (Mêmes mouvements.)
En droit international, la guerre préventive n’existe pas. Ce prétendu principe a été inventé pour les besoins de l’administration Bush junior en 2003, contente de tuer Saddam Hussein, que les États-Unis avaient pourtant aidé contre l’Iran. Pas moins de 1 million de morts plus tard, après la naissance de Daech largement permise par ces brillants stratèges, les mêmes osent revenir défendre cette idée. Les mêmes qui défendaient mordicus que l’Irak détenait des armes de destruction massive affirment aujourd’hui que l’Iran serait sur le point de devenir une puissance nucléaire, alors que toutes les agences de renseignement disent le contraire. (Mêmes mouvements.)
Le ridicule ne tuant pas, ce sont les mêmes qui hantent les plateaux télévisés pour conseiller toujours plus de bombes sur toujours plus de civils, l’éditorialiste Caroline Fourest allant jusqu’à dire que le peuple iranien devrait payer le « prix du sang ». Ces propagandistes de guerre sont dangereux. La guerre, ils la vendent, mais ils ne la font jamais, c’est bien commode.
Quand Bernard Henri-Lévy proclame « Je le dis de tout de mon cœur. Merci, Président Trump ! Merci pour Israël ! » au lendemain des bombardements états-uniens contre des installations nucléaires, comment ne pas se souvenir qu’en 2003 il disait : « Attaquer Saddam Hussein ? Oui bien sûr ! » ?
Quand Marine Le Pen déclare que les « frappes américaines doivent être saluées », quand un député macroniste affirme qu’« évidemment ces frappes sont utiles pour la paix et la sécurité du monde », comment ne pas penser aux tribunes de 2003 célébrant le lendemain même l’invasion de l’Irak dans le journal Le Monde ? Les amis des bombes sont toujours les mêmes, eux qui pensent que la guerre est une abstraction, et qu’elle ne leur tombera jamais dessus. (Mêmes mouvements.)
La guerre préventive, c’est la fin de tout le droit international. Vous pouvez faire la guerre tout le temps, partout, car il y a toujours des raisons de penser que l’on puisse être menacé. Et voilà que les États-Unis d’Amérique de Trump, la Russie de Poutine et l’Israël de Netanyahou dansent ensemble le ballet infernal de la guerre préventive.
Vous devez refuser la guerre car contrairement à ce que vous répétez, monsieur le premier ministre, la question posée n’est pas celle de la nature du régime iranien. Détestable, le régime iranien l’est assurément, et nous avons soutenu, comme nous continuons à le faire, le mouvement qui entonnait « Femme, Vie, Liberté ». (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Dominique Voynet applaudit également.) Ce mouvement chantait la vie, et ce que le génocidaire Netanyahou lui apporte, ce sont des bombes. L’opposition iranienne dont vous saluiez le combat lorsque cela vous arrangeait hier, vous le dit aujourd’hui : la libération du peuple iranien ne viendra certainement pas d’un gouvernement d’extrême droite en train de commettre un génocide à Gaza. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Non, la question qui est posée n’est pas celle du régime des ayatollahs. C’est celle de savoir si la France se place du côté de la guerre totale ou du côté du combat pour la paix. Vous devez refuser la guerre et contrer les va-t-en-guerre sanguinaires qui prétendent dessiner un nouvel ordre mondial. Ainsi le premier ministre israélien a-t-il déclaré : « J’ai dit qu’on allait changer la face du Moyen-Orient et maintenant je dis : nous changeons la face du monde ». Que pensez-vous de ces déclarations ? Vous devez refuser la guerre, car c’est bien le sort du monde qui est en jeu.
Alors que nous célébrons demain les 80 ans de l’ONU, c’est au sein de cette instance qu’aurait dû se décider le cessez-le-feu. La France aurait pu y défendre la proposition d’intérêt général de dénucléariser la région. À la place, la France, sous Macron, est devenue le laquais de Netanyahou et de Trump. La même semaine où les États-Unis violent le droit international, vous signez docilement, sous l’égide de l’Otan, l’augmentation de notre budget militaire à 5 % du PIB.
Vous rendez-vous compte du niveau de servilité qui est atteint quand le secrétaire général de l’Otan se félicite que Trump fasse « payer un prix énorme à l’Europe », réalisant ce qu’« aucun président américain n’était parvenu à faire durant des décennies » ? Servilité à laquelle il ajoute le ridicule et l’humiliation quand il commente l’action de Trump : « Daddy doit parfois hausser le ton ». Par ces mots, l’Otan s’affirme comme une organisation à la fois hostile au droit international et profondément anti-européenne. La France doit sortir de ce piège ! (Mêmes mouvements.)
Cela vous attriste sans doute mais nous n’avons plus rien à voir avec les États-Unis d’Amérique. Vous faites une grave erreur en vous alignant totalement sur l’extrême droite de Trump. Comme l’extrême droite française, elle s’incline devant toutes les violations du droit international. Ici, Marine Le Pen préfère ainsi Trump et Netanyahu à la France. Elle préfère les crimes de guerre et les génocides à la paix. Voilà ce que nous n’accepterons jamais pour notre pays.
Monsieur le premier ministre, vous devez refuser la guerre et le génocide. Or vous ne parlez plus de Gaza, ou si peu. Voilà un objectif de guerre atteint par Netanyahou. Après l’Iran, il annonce qu’il va de nouveau se concentrer sur Gaza, donc poursuivre le génocide et le projet de déportation des Palestiniens. Vingt mois de génocide, plus de 55 000 Palestiniens tués, plus de 130 000 blessés, tant et tant d’enfants estropiés, et vous ne faites rien ! Tous les jours, des Palestiniens sont tués par balle ou dans l’explosion d’un obus alors qu’ils cherchent à obtenir de la nourriture. Vous ne faites toujours rien, même lorsque le dernier choix qui leur est laissé est insoutenable : mourir de la famine utilisée comme arme de guerre ou mourir dans les pièges mortels de la distribution alimentaire.
Au Liban, une personne sur quatre vit en réfugié dans son propre pays. Des frappes israéliennes ciblent régulièrement le Yémen et la Syrie. Et toujours rien ! Jusqu’où ira l’impunité du criminel Netanyahou et de son gouvernement de génocidaires ? Vous êtes responsables de cette impunité, vous qui n’avez rien dit quand six de nos compatriotes, dont l’élue française Rima Hassan, ont été arrêtés et détenus illégalement par l’armée de Netanyahou pour avoir tenté de briser le blocus de Gaza. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Brouhaha sur les bancs du groupe RN.) Apparemment, cela en fait rire certains… Vous qui laissez le premier ministre israélien, sous mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI), survoler notre territoire, en violation de toutes vos obligations. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Vous qui livrez des armes à flux continu à un régime génocidaire. Vous qui avez une vision à géométrie et à géographie variables du droit international : dix-sept trains de sanctions contre la Russie de Poutine mais toujours aucune sanction contre Netanyahou !
Oui ! nous sommes fiers d’incarner une autre voix de la France, une voix de la paix, non alignée et écoutée dans le monde. La France qui ne pratique pas un « deux poids, deux mesures » révoltant. La France qui reconnaît l’État de Palestine immédiatement, sans tergiverser. La France qui manifeste aux côtés des peuples du monde pour exiger un embargo sur les armes et la suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël. (Mêmes mouvements.)
La France qui ne se tait pas face à un génocide, mais qui le combat. La France qui réaffirme que toutes les vies se valent – toutes, sans exception.
Nous refuserons la guerre comme l’économie de guerre, qui donne pour seul horizon le sacrifice des services publics sur l’autel d’objectifs et d’intérêts qui ne sont pas les nôtres.
En 2003, la France s’en sentie fière de la parole portée aux Nations unies pour dire non à la boucherie décidée par Bush junior. Comme nous avons eu raison ! Vous n’êtes pas à la hauteur de cette histoire commune. Laissez l’Assemblée décider pour la France ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont les députés se lèvent, ainsi que sur quelques bancs des groupes EcoS et GDR.)
Compte rendu intégral de la séance sur le site de l'Assemblée nationale.