Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 — Motion de rejet préalable
Prise de parole en séance publique, première séance du mardi 16 décembre 2025 : Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 › Motion de rejet préalable.
Le relevé d’archive
Séance publique, première séance du mardi 16 décembre 2025, sur « Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 › Motion de rejet préalable ». Texte du compte rendu intégral, sans coupe ni reformulation.
Prise de parole
Il y a quatre-vingts ans, dans un pays ravagé et ruiné par la guerre, des femmes et des hommes ont arraché l’avènement de la sécurité sociale, portés par une idée simple mais révolutionnaire : chacun cotise selon ses moyens et chacun reçoit selon ses besoins. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Nicolas Sansu applaudit également.) Plus d’un cinquième de la richesse produite annuellement est socialisée pour assurer chaque personne face à la maladie, aux accidents, au chômage et à la vieillesse. Telle est l’œuvre magnifique des luttes qui, contre les nazis et dans le creuset de la Résistance, ont donné naissance à ce système de solidarité qui fait notre fierté. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
La sécurité sociale est étudiée dans le monde entier. Depuis quatre-vingts ans, l’oligarchie rapace tente de détruire cet immense progrès social.
Ses membres ont en horreur cette création de richesse sans capital, ces centaines de milliards qui échappent aux logiques de marché et aux dividendes des actionnaires. Offense ultime, la gestion de la sécurité sociale est revenue aux travailleurs. Votre budget s’inscrit dans cette longue histoire des attaques contre la sécurité sociale. S’il faut voter contre ce texte, c’est parce qu’il renforce la destruction de notre système de santé et ne répond pas aux besoins. Il prévoit 4 milliards d’euros de coupes dans la santé publique. Voici la grande victoire des socialistes : voter pour un budget qui ne maintient même pas les moyens des hôpitaux et des Ehpad à niveau constant. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Voter contre ce texte est une évidence car depuis huit ans, vous organisez la pénurie : pénurie de soignants, pénurie de lits d’hôpitaux, pénurie de médicaments, pénurie de recettes pour la sécurité sociale.
Ensuite, vous rabâchez d’éternels mensonges sur le trou de la sécu que vous avez vous-même créé. Avec 80 milliards d’euros d’exonérations de cotisations, du Rassemblement national à la Macronie, on applaudit des deux mains la liquidation des caisses de la sécurité sociale. (« Quelle honte ! » sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Ce disque rayé n’en finit pas de tourner, au point qu’il interroge sur votre cohérence : si vos solutions fonctionnaient, nous n’en serions pas là. En réalité, la sécurité sociale n’a aucun problème de financement. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Elle est cinq fois moins chère que n’importe quel système assurantiel, et mille fois plus juste.
La vérité est que vous la sabotez. Quand le ministre du travail ose expliquer que « la générosité qu’on a connue pendant des décennies est […] arrivée à son terme », il ressasse la même idée dangereuse selon laquelle la santé coûterait trop cher. Or, monsieur le ministre, ce n’est pas soigner qui coûte cher, c’est ne pas soigner. (Mêmes mouvements.) Ce qui coûte cher, ce sont les fermetures d’hôpitaux, les retards de diagnostic, le burn-out des soignants, le sacrifice de la prévention, la médecine à deux vitesses que vous laissez s’installer. Ce qui coûte cher, c’est refuser de faire contribuer les bénéficiaires de dividendes, les grandes fortunes, les gros pollueurs qui rendront des millions de personnes malades demain. (Mêmes mouvements.)
La sécurité sociale ne relève pas d’une forme de générosité. Elle est une solidarité, une autodéfense populaire contre la cupidité du marché. (Mêmes mouvements.) Selon l’anthropologue Margaret Mead, la première trace de civilisation est un fémur, trouvé dans une sépulture, ressoudé après une fracture. Quelqu’un a été blessé, immobilisé, et son entourage l’a nourri, soigné. La sécurité sociale est l’héritage de ce qu’il y a de plus beau dans notre humanité.
Quiconque vote ce budget se rend complice des pires horreurs qu’il contient. (Mêmes mouvements.) Voter en faveur de ce budget, c’est accepter qu’on fasse les poches de 1,5 million de diabétiques dont les soins seront moins remboursés. C’est accepter jusqu’à 900 euros de baisse annuelle des allocations familiales. C’est approuver l’augmentation des tarifs des mutuelles pour tout le monde.
C’est surtout valider la retraite à 64 ans, alors qu’elle n’a jamais été votée et que l’abrogation du vol de deux années qu’elle représente est toujours majoritaire, dans le pays comme dans cette assemblée. (Mêmes mouvements.)
Voter en faveur de ce budget, c’est, précisément, sauver Macron. Il y a deux mois, le débat politique et médiatique portait sur le départ du monarque présidentiel. Désormais, il se concentre sur l’identité de ceux qui vont payer l’addition des cadeaux faits aux ultrariches : les malades du cancer, les allocataires du RSA, les personnes en situation de handicap, ou les trois à la fois ? Nous devons cela à un changement d’alliance piteux qui a vu le Parti socialiste se transformer en force d’appoint du régime macroniste finissant. (Mêmes mouvements.) Ce changement d’alliance, personne n’en parle mieux qu’Olivier Faure lui-même, dont je cite les propos d’août 2024 : « Macron vous dira que vous pourrez faire quelque chose sur les retraites, que vous aurez un peu d’argent pour le smic. […] La seule condition, c’est que vous rapportiez le scalp du Nouveau Front populaire, que vous puissiez dire que […] désormais », c’est à « ceux qui ont été battus à trois reprises dans les urnes […] de gouverner. […] Voilà ce que nous n’accepterons jamais ! […] Aucun socialiste n’acceptera de devenir le supplétif de la Macronie. » (Mêmes mouvements.)
J’invite donc les députés de ce parti à refuser d’être les supplétifs de la Macronie et les députés écologistes à unir leur raison à leur cœur pour rejeter ce budget de malheur. (MM. François Cormier-Bouligeon et Emmanuel Mandon s’exclament.) Nous, Insoumis, nous opposons à ce texte et fondons notre vote sur ces mots du communiste Ambroise Croizat : « Jamais nous ne tolérerons que soit renié un seul des avantages de la sécurité sociale. Nous défendrons à en mourir, et avec la dernière énergie, cette loi humaine et de progrès. » (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent. – M. Édouard Bénard applaudit également.)
Compte rendu intégral de la séance sur le site de l'Assemblée nationale.