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Mathilde Panot

Prise de parole en séance

Déclaration du gouvernement et débat

Date de l’acte

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Prise de parole en séance publique, NaNe séance du mardi 14 octobre 2025 : Déclaration du gouvernement et débat.

Le relevé d’archive

Séance publique, NaNe séance du mardi 14 octobre 2025, sur « Déclaration du gouvernement et débat ». Texte du compte rendu intégral, sans coupe ni reformulation.

Prise de parole

Monsieur le premier ministre, votre présence devant nous est un affront à la démocratie. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.) Vous avez déjà été censuré deux fois par cette assemblée, comme membre des gouvernements Barnier puis Bayrou. Et pourtant, vous voilà consacré premier ministre – le troisième locataire de Matignon en moins d’un an !

Contrats courts, bail précaire : le macronisme face à lui-même ! (Rires et applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.) Devenu premier ministre comme on entre dans les ordres, parti lundi soi-disant en « dernier des gaullistes », revenu vendredi en dernier des fidèles, vous voilà ici sous la contrainte du chef. Dans l’intervalle : arrangements et tambouilles secrètes, rythmées par les défections de votre clan, les ambitions médiocres d’un parti assis sur 4 % des voix et de quelques figurants, dont la vocation d’une semaine a semblé être de sauver à tout prix la politique de Macron, qui a tant fait souffrir notre pays. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Votre présence le confirme à vos dépens : Emmanuel Macron est un cas désespéré. Votre nomination est l’aveu même de l’entêtement du président – mais pour comprendre, il faut revenir aux origines.

Il n’est pas d’éruption volcanique sans fissure dans la couche terrestre, comme il n’est pas de séisme politique sans fracture avec le peuple. En 2022, Emmanuel Macron proclame : « Ce vote m’oblige », avant de violenter la nation avec une réforme des retraites empoisonnée. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur plusieurs bancs du groupe EcoS. – M. Marcellin Nadeau applaudit également.) En 2024, Emmanuel Macron perd les élections européennes. Il réplique par la grenade dégoupillée de la dissolution. Retour à l’envoyeur : Emmanuel Macron perd à nouveau les élections. (Mêmes mouvements.)

Depuis, malgré les contestations et le mouvement social, le président nie délibérément le verdict des urnes. Trois premiers ministres plus tard, vous voilà tentant de sauver ce qui peut l’être – sans même les apparences. Oui, en politique comme en géologie, chaque secousse contient la suivante et chaque fracture agrandit celle qui la précède !

Après ces dénis démocratiques, quelle ironie de vous entendre parler de « responsabilité », de « compromis », de « stabilité ». Dans votre langage, le « compromis » consiste à rallier votre position, comme si vous étiez le centre de gravité du champ politique. (Mêmes mouvements.) Il faudrait vous remercier pour l’année blanche, pour la baisse des remboursements pour les malades atteints de cancer,…

…pour le doublement des franchises médicales et pour le refus de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Merci, mais non merci ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) La « responsabilité » serait de donner un sursis à une politique battue dans les urnes. La « stabilité » imposerait de céder aux caprices du président. À cet égard, vous avez raison : il n’y a rien de plus stable qu’un régime autoritaire ! (Exclamations sur les bancs des groupes EPR et Dem.)

Vous parlez encore de « socle », alors que le sol se dérobe sous vos pieds. Les deux anciens premiers ministres, Édouard Philippe et Gabriel Attal, pourtant sortis de la cuisse de Jupiter, l’ont bien compris : « Sauve qui peut ! » Il ne fait pas bon être assimilé, de près ou de loin, à Emmanuel Macron. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) En effet, nous assistons depuis un an à une contradiction entre la volonté générale et la volonté d’un seul.

Pour vous avoir longuement pratiqués, nous connaissons le prochain acte de ce coup de force : un chantage au budget – ou plutôt à votre budget. Vous n’avez eu, malgré vos défaites, aucun scrupule à appliquer le programme, tout le programme, rien que le programme du macronisme radicalisé. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur plusieurs bancs des groupes EcoS et GDR.) Mais le peuple ne veut plus de votre politique. Trois quarts des Français souhaitent le départ du président – son départ, car il refuse obstinément de changer une politique qui a porté le nombre de pauvres à plus de 11 millions dans notre pays, dégradé l’école comme l’hôpital public, malmené notre industrie, érodé notre souveraineté.

Ça ne tient plus – jusqu’aux associations qui sonnent l’alerte. Ça ne tient plus, parce que vous êtes le pouvoir qui rogne les libertés associatives et qui baisse les subventions. (Mêmes mouvements.)

Monsieur le premier ministre, plus personne ne croit en vous, car nous vous avons déjà vu à l’œuvre. Vous êtes le seul homme du pays à avoir participé à tous les gouvernements d’Emmanuel Macron – tous, sans exception. Depuis 2017, c’est votre haine de classe qui s’est abattue sur le pays.

C’est vous qui avez déployé le GIGN et le Raid contre le peuple guadeloupéen en lutte pour le droit à l’eau et à la santé. (Mêmes mouvements.)

C’est encore vous qui avez imposé la date du troisième référendum en Kanaky Nouvelle-Calédonie, rompant ainsi un processus de quarante ans de paix civile et de décolonisation. (Mêmes mouvements.) Votre passage en force concernant le dégel du corps électoral aura causé quinze morts et l’effondrement économique et social du territoire.

C’est vous, toujours, qui avez enterré les revendications des gilets jaunes. Vous avez fait du peuple votre ennemi.

Vous incarnez surtout, monsieur le premier ministre, la complicité de la France dans le génocide mené par Netanyahou contre le peuple palestinien. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Vous avez menti en affirmant que la France ne livrait aucune arme à Israël. C’est le peuple de France qui vous a contraint à la plus minime des décences : reconnaître l’État de Palestine, qui agonise à cause de l’abandon du monde. (Mêmes mouvements.) C’est le peuple qui sauve l’honneur de la France en brandissant le drapeau palestinien partout. C’est le peuple lui-même qui a pris la mer pour briser le blocus illégal de Gaza. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont plusieurs députés se lèvent.)

Au-delà de votre parcours, vos actes parlent d’eux-mêmes. Votre premier déplacement aura été à l’hôpital pour expliquer que les problèmes budgétaires du pays sont dus au trop d’argent mis dans l’hôpital public.

Les soignants épuisés et les patients abandonnés apprécieront cette saillie venant de ceux qui ont fermé 30 000 lits en huit ans. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Marie Pochon et M. Marcellin Nadeau applaudissent également.) Votre première décision aura été de nommer deux hauts fonctionnaires pour démanteler l’État – la même méthode que celle employée aux États-Unis par Trump et en Argentine par Milei, qui, avec sa tronçonneuse, a mené son pays à la faillite. Piller les caisses de l’État pour engraisser le grand patronat, cela ne marche jamais longtemps. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

La logique des Insoumis a toujours été la même : nous ne participerons pas à votre sauvetage. (Mêmes mouvements.) Nous avons compris qu’Emmanuel Macron ne changera pas de politique aussi longtemps qu’il restera au pouvoir. À cet égard, la crise que nous traversons ne connaîtra pas de retour à la normale. Le présidentialisme est crépusculaire. Emmanuel Macron a, sans l’aide de quiconque, abîmé sa fonction et épuisé les institutions de la Ve République. En organisant l’irresponsabilité d’un homme, qui ne cesse de rejeter sur les autres les conséquences de ses actes, notre Constitution permet toutes les dérives autoritaires, les caprices et combines d’un seul homme à qui elle confie les pleins pouvoirs.

Pourtant, dans les méandres de ses errements, le président a livré un aveu. De qui a-t-il donc le plus à craindre, lui qui tremble à l’idée de voir sa politique démantelée ? On apprend ici et là qu’Emmanuel Macron, au soir du premier tour des élections législatives, manigançait, espérant voir l’extrême droite en tête. Il pensait alors que les fondamentaux de sa politique seraient poursuivis par d’autres moyens, à l’inverse de ce qu’il pouvait espérer de nous. (« Eh oui ! » et applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – MM. Benjamin Lucas-Lundy et Marcellin Nadeau applaudissent également.) Le système et son assurance-vie : la loi de l’attraction ne trompe pas, n’en déplaise aux frontistes ridicules qui pleurnichent toute la journée à propos d’une prétendue alliance ou d’un scrutin qui leur aurait été volé. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont les députés se lèvent. – Exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR . )

Apprenez les règles élémentaires de la démocratie : vous avez perdu les élections parce que les Français ne voulaient pas de vous ! Gardez plutôt votre énergie pour vos procès. (Mêmes mouvements.) Donnez-nous plutôt des explications : madame Le Pen – qui n’êtes pas là –, voulez-vous abroger la retraite à 64 ans ou la repousser à 67 ans, comme votre ami Ciotti ? À moins que vous ne souhaitiez – comme la droite, à qui vous faites du pied – la reporter à 65 ans ? Madame Le Pen, est-ce pour séduire les 1 800 familles les plus riches que vous refusez la taxe Zucman ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.) Et pourquoi avoir voté contre la prise en charge intégrale des soins liés au cancer du sein ?

À présent, la tectonique des places politiques est enclenchée. Le retaillo-macronisme pourrait trouver un prolongement à l’extrême droite ; après tout, Le Pen et ses amis ont sauvé par deux fois Macron de la destitution.

L’extrême droite a refusé à huit reprises de voter la censure de Bayrou. (« Non, c’est vous ! » sur les bancs du groupe RN.) Nous seuls sommes capables d’une rupture ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont quelques députés se lèvent. – M. Benjamin Lucas-Lundy et Mme Marie Pochon applaudissent également.)

Alors que tant de défis nous attendent, le monarque présidentiel fait perdre du temps à tous. Le second mandat d’Emmanuel Macron est un mandat pour rien. Dorénavant, peu de choix s’offrent à lui. La dissolution serait encore une manière de rejeter la faute sur l’Assemblée, alors qu’elle relève de l’Élysée. Elle ne garantit pas plus de clarté et ne présage rien de ce que le président fera du résultat.

Les Insoumis proposent une voie de sortie de cette crise :…

…d’abord, votre censure (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP)  ; ensuite, le vote d’une loi spéciale, qui permettra de reconduire momentanément les budgets pour l’année à venir ; et, puisque le compte à rebours du départ d’Emmanuel Macron est lancé, il faudra en passer par la démission ou par la destitution du président. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont quelques députés se lèvent.) Si la première relève de sa volonté, la seconde est la seule brèche dont nous disposons – comme le chantait Leonard Cohen, « dans toute chose il y a une brèche, et c’est par là qu’entre la lumière ».

Monsieur le premier ministre, nous allons agrandir la brèche jusqu’à ce que s’écroule le vieux monde que vous incarnez. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Marcellin Nadeau applaudit également.) Nous assistons à la fin du monde que nous avons connu ; guerre commerciale, retour de l’impérialisme, partout la hausse des conflits ! L’humanité tout entière est menacée par le dérèglement climatique, auquel notre pays n’est pas préparé. Les Français subissent depuis trop longtemps la maltraitance sociale, l’explosion des inégalités et de la pauvreté ainsi que la hausse du racisme, qui mine la dignité des êtres humains. (Mêmes mouvements.)

Nous réussirons parce que nous sommes prêts à traiter à la racine ce qui disloque notre pays. Il convient de reprendre le pouvoir à l’oligarchie qui le confisque, en passant à la VIe République (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également) ,…

…d’organiser des conditions d’existence compatibles avec la vie humaine, de planifier de grands chantiers d’avenir énergétiques, industriels et écologiques, de partager les richesses en taxant les ultrariches (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS) , de garantir l’unité du peuple contre le poison de la haine. Nous sommes prêts à bâtir la civilisation du temps libéré avec la retraite à 60 ans (« Oui ! » et applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP) ,…

…car une réforme imposée contre tout un peuple, contre l’ensemble des syndicats, contre l’Assemblée nationale, ne se conclave pas, ne se discute pas, ne se suspend pas ; elle s’abroge. (« Bravo ! » et vifs applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy, M. Marcellin Nadeau et Mme Marie Pochon applaudissent également.)

Monsieur le premier ministre, nous allons agrandir la brèche jour après jour, lutte après lutte, car dans chaque brèche, il y a la promesse d’un matin. (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent. – Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS et GDR.)

Compte rendu intégral de la séance sur le site de l'Assemblée nationale.