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Mathilde Panot

Prise de parole en séance

Déclaration du Gouvernement et débat

Date de l’acte

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Prise de parole en séance publique, NaNe séance du mardi 01 octobre 2024 : Déclaration du Gouvernement et débat.

Le relevé d’archive

Séance publique, NaNe séance du mardi 01 octobre 2024, sur « Déclaration du Gouvernement et débat ». Texte du compte rendu intégral, sans coupe ni reformulation.

Prise de parole

Caligula avait un cheval qu’il avait paraît-il nommé consul. Certes, monsieur le Premier ministre, vous n’êtes pas un cheval ; mais si je vous parle de Caligula, c’est parce qu’il avait adopté pour devise : « Qu’ils me haïssent, pourvu qu’ils me craignent ! »

Depuis cet hémicycle, je veux dire au président Macron : nous ne vous craignons pas ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Nous ne vous craignons pas car vous n’avez aucune légitimité démocratique pour gouverner. Le président a décidé d’une dissolution sur demande du Rassemblement national, en espérant installer Jordan Bardella à Matignon. Vingt-sept sondages donnaient tous, sans aucune exception, l’extrême droite en tête, mais c’est le Nouveau Front populaire qui l’a emporté (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs des groupes SOC, EcoS et GDR) , et avec lui un programme clair de rupture avec votre système de violence sociale, écologique et démocratique. Nous avons gagné ces élections en déjouant tous les pièges ; nous devons gouverner !

Mais quand le vote du peuple déplaît au monarque de l’Élysée, il s’acharne à le nier. C’est donc vous, monsieur Barnier, qui avez été nommé ; vous, issu d’un parti ultraminoritaire, dont le score de forme oscille entre 5 et 6 % des suffrages exprimés. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Votre nomination est le signe qu’Emmanuel Macron souhaite soumettre ses députés à plus minoritaires qu’eux-mêmes, afin de continuer sa politique en bafouant le suffrage universel. Pourtant, la Macronie a été pour la troisième fois battue dans les urnes, elle qui, depuis 2017, a perdu 5 millions de voix et 180 députés. (Mêmes mouvements.)

Pour continuer à appliquer sa politique, Emmanuel Macron vous a donc nommé Premier ministre. Et pour pouvoir rester, vous vous mettez dans la main du Rassemblement national, bienheureux de vous servir de larbin, lui qui rêvait d’une alliance des droites racistes et antisociales. (Mêmes mouvements.) Et vous, vous qui avez été défaits, vous avez décidé de gouverner par la force.

Nous ne vous craignons pas car vous n’avez plus aucune légitimité pour imposer votre politique de malheur contre le peuple. (Mêmes mouvements.)

Le peuple vote pour que tout change, mais vous continuez à gouverner comme si de rien n’était. Le peuple vote pour abroger la réforme de la retraite à 64 ans et vous voici devant nous, monsieur le Premier ministre, partisan de la retraite à 65 ans ! Le peuple vote pour l’investissement massif dans les services publics, pour le rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune et pour la taxation des superprofits ; et vous, vous proposez des retraités à la place des professeurs et préparez la pire cure d’austérité jamais vue dans le pays. (« La honte ! » sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Après avoir méthodiquement vidé les caisses de l’État, à coups de 60 milliards d’euros par an de cadeaux fiscaux aux plus riches et aux multinationales, vous voilà à dire aux Français qu’ils doivent payer. Où allez-vous trouver cet argent dont vous nous avez privés ? Dans les hôpitaux ? Dans les écoles ? Dans les associations ?

Le peuple vote pour l’égalité des droits, et voilà devant nous le pire gouvernement de réactionnaires. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) L’année de l’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution, vous nommez cinq ministres qui n’ont pas voté la protection constitutionnelle de ce droit. (« Honteux ! » sur les bancs du groupe LFI-NFP.) La moitié de vos ministres se sont opposés au mariage pour tous, à la PMA ou encore aux droits des personnes transgenres. Ce n’est pas étonnant puisque vous-même, monsieur le Premier ministre, avez voté contre la dépénalisation de l’homosexualité (Huées sur les bancs du groupe LFI-NFP) , contre le Pacs ou encore contre le remboursement de l’IVG par la sécurité sociale. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Nous ne vous craignons pas car vous n’avez plus aucune légitimité politique alors que vous rampez devant l’extrême droite.

L’extrême droite a été repoussée par une mobilisation citoyenne inédite venue déferler des cités populaires, de la jeunesse consciente pour son pays, des précaires et des têtes dures. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Oui, la République a été sauvée par celles et ceux que vous aimez appeler « les gens d’en bas », monsieur le Premier ministre ! (Mêmes mouvements.) Par millions, nos concitoyens se sont déplacés et ont voté pour dire que la République tenait à son peuple, et que son peuple tenait à la devise qu’il a donnée au monde entier : Liberté, Égalité, Fraternité . (Mêmes mouvements.)

Et vous voilà, monsieur Barnier, avec votre gouvernement macrono-lepéniste, dont votre ministre de l’intérieur est la figure abjecte. Car ça y est : nous y sommes. Un ministre régalien de l’État met directement en cause l’État de droit (« La honte ! » sur les bancs du groupe LFI-NFP), alors que l’une de ses fonctions est d’être le « garant du libre exercice et du respect des libertés publiques ». (Mêmes mouvements.) Bruno Retailleau se réjouit parfois des « belles heures » de la colonisation. Quand il s’ennuie, il reprend l’expression pétainiste « Français de papier » ;…

…et à son apogée, le voici qui parle de « régression vers les origines ethniques » d’une partie de nos concitoyens, reprenant volontiers les théories racistes qui ont tant prospéré au XXe siècle. (« La honte ! » sur les bancs du groupe LFI-NFP.) À entendre leur éminent représentant, on se dit que les Républicains ont déserté la République depuis longtemps. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)

Je le dis aux collègues élus du MODEM, de Renaissance ou d’Horizons : si vous ne censurez pas le Gouvernement, vous trahissez le sens du vote du 7 juillet (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS) et vous acceptez que de tels propos racistes, violents et antirépublicains puissent être récompensés par l’attribution de l’un des plus grands ministères du pays. Si vous ne censurez pas ce gouvernement – la seule présence d’un homme ayant tenu ces propos y suffit –, vous aurez et la honte et le déshonneur. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)

C’est le sens de ce qui est arrivé au ministre de l’économie. Comprenant quelque chose de l’élection du 7 juillet, il a refusé de considérer le RN comme républicain. Vous lui avez tapé sur les doigts, monsieur le Premier ministre (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN)  ; vous avez immédiatement appelé Mme Le Pen pour la cajoler et avez ainsi refusé à un arrière-petit-fils de résistant le droit de s’opposer aux héritiers de Vichy. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.)

Votre présence sur ce banc est exclusivement justifiée par la complicité de l’extrême droite dont vous êtes l’otage. Ainsi, Emmanuel Macron a fait le choix du pire : le parfum de cohabitation a l’odeur nauséabonde d’une colocation avec le RN. (« Oh ! » sur les bancs du groupe DR.)

Nous ne vous craignons pas, car le chaos, c’est vous !

Ils sont tant et tant à avoir faim qu’un adulte sur trois se prive de repas pour que ses enfants puissent manger. N’avez-vous pas vu les files qui s’allongent dans les lieux de distribution solidaire ? S’y entassent étudiants et privés d’emploi, celles et ceux qui souffrent de la politique de violence sociale menée ces dernières années. Chaque soir, 2 043 enfants sont à la rue ! C’est une blessure infligée à nos consciences dans notre république sociale. Disons-le bien : gouverner pour les riches, c’est gouverner contre le peuple. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Marcellin Nadeau applaudit également.)

Le 22 juillet 2024 a été la journée la plus chaude depuis 100 000 ans et les catastrophes climatiques dévastent les peuples. La dette écologique n’est pas un passe-temps, monsieur le Premier ministre ! Elle impose un programme : celui de l’entraide et des biens communs. Face au plus grand défi de notre siècle, votre programme est aussi réactionnaire que vos idées.

En Kanaky-Nouvelle-Calédonie, vous avez pris l’entière responsabilité de raviver les pires violences, qui nous ramènent quarante ans en arrière. À cette crise politique s’ajoute une crise économique et sociale qui fait craindre des émeutes de la faim. Qu’attendez-vous pour retirer le projet de loi constitutionnelle sur le dégel du corps électoral ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Marcellin Nadeau applaudit également.) Qu’attendez-vous pour libérer les prisonniers politiques ? Un processus politique doit être rouvert d’urgence, afin de garantir l’impartialité de l’État pour aboutir à la pleine émancipation du pays, dans l’esprit des accords de Matignon et de Nouméa, et de restaurer la paix civile.

En Martinique, un mouvement immense contre la vie chère s’est déployé, expression d’une volonté de justice sociale et de vie digne. Mais votre seule réponse, comme à votre habitude, a été d’envoyer les CRS, ravivant le souvenir douloureux des drames de 1959.

Sur la scène internationale, la France s’est privée de toute voix audible. Où sommes-nous quand ce pays auquel nous sommes tant liés, le Liban, se fait bombarder et que des femmes, des hommes, des enfants y meurent ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Où est la France, amie du Liban, quand ses frontières et sa souveraineté sont à ce point contestées qu’un sixième de sa population, soit 1 million de personnes, est d’ores et déjà déplacé ? Où est la France quand deux de nos compatriotes sont tués par les bombes israéliennes sans que vous ne disiez un mot ? Jusqu’où laisserez-vous aller le criminel Netanyahou ? Combien de morts faut-il de plus ? (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR. – Les députés du groupe LFI-NFP, continuant d’applaudir, se lèvent.)

Arrêter la guerre au Liban, c’est arrêter le génocide toujours en cours à Gaza. Arrêter le génocide en cours à Gaza, c’est arrêter la guerre faite au peuple libanais. Assez de vaines paroles ! Quand allez-vous décréter un moratoire sur la vente d’arme à Netanyahou ? Quand allez-vous décider de sanctions à l’encontre d’Israël, reconnaître l’État de Palestine et suspendre le traité d’association entre l’Union européenne et Israël ? (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.)

La France doit retrouver une voix internationale claire au service de la paix, et cela ne passera pas par votre gouvernement.

Puisque vous n’êtes plus légitimes, il ne vous reste qu’à partir. Cette prise du pouvoir contre les urnes est inédite dans l’histoire de notre démocratie. Les médias étrangers s’en sont fait l’écho, il n’y a que les macronistes et les journalistes de cour pour ne pas s’en émouvoir. Monsieur Macron, entendez-le bien depuis cet hémicycle : la République n’aime pas les monarques, et encore moins les monarques absolus. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et GDR. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)

Face au chaos que vous nous laissez, nous avons trois priorités : censurer votre gouvernement, destituer le Président, le remplacer. (Mêmes mouvements.)

Emmanuel Macron est d’ores et déjà entré dans l’histoire comme l’autocrate de la IVe et de la Ve Républiques réunies avec le plus long gouvernement démissionnaire. Il est surtout le premier président visé par une procédure de destitution. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Après cela, nous ne pouvons que vous souhaiter, monsieur Barnier, et surtout souhaiter au pays que vous soyez le Premier ministre du gouvernement le plus court de la Ve République. Car après vous, le Président n’aura d’autre choix que de nommer Lucie Castets Première ministre ou de s’en aller. (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent. – Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et GDR. – Rires sur plusieurs bancs du groupe RN.)

Le monde ne s’y trompe pas. Il regarde la France d’un œil qui appréhende les temps difficiles mais partout dans le pays, une certitude demeure : le printemps revient toujours. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Une majorité relative nous a été acquise, et bientôt nous gouvernerons ce pays. De Louise Michel, nous ne faisons pas qu’une statue. Nous la citons et nous nous en inspirons. Et nous la rejoignons, lorsqu’elle dit, en insoumise : « Sans l’autorité d’un seul, il y aurait la lumière, il y aurait la vérité, il y aurait la justice. L’autorité d’un seul, c’est un crime. Ce que nous voulons, c’est l’autorité de tous. » (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent. – Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS et GDR.)

Compte rendu intégral de la séance sur le site de l'Assemblée nationale.