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Mathilde Panot

Prise de parole en séance

Suspension et reprise de la séance

Date de l’acte

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Prise de parole en séance publique, NaNe séance du lundi 08 septembre 2025 : Suspension et reprise de la séance.

Le relevé d’archive

Séance publique, NaNe séance du lundi 08 septembre 2025, sur « Suspension et reprise de la séance ». Texte du compte rendu intégral, sans coupe ni reformulation.

Prise de parole

Monsieur le premier ministre, comment pourrions-nous vous faire confiance alors que vous faites confiance à Emmanuel Macron ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Ce jour est historique : pour la première fois en Ve République, un gouvernement tombe à la suite d’un vote de confiance. Toutefois, qu’on ne s’y trompe pas : ce n’est pas seulement vous, c’est votre politique et le monde qu’elle défend qui doivent être défaits. (Mêmes mouvements.)

En effet, monsieur le premier ministre, vous n’êtes qu’un visage du sursis que le président a souhaité accorder à sa politique, le dernier visage d’une politique illégitime et obstinée.

Incapables de susciter la moindre adhésion dans le pays, vous vous enferrez dans une succession de chantages mensongers. Il y a deux ans, M. Attal menaçait : « la réforme des retraites ou la faillite ». L’année dernière, c’était : « le budget ou la panne des cartes Vitale ». À présent, c’est : « l’austérité ou la mise sous tutelle du FMI ». Monsieur le premier ministre, vous ne laisserez derrière vous que le risque d’une crise financière, à force d’en agiter le spectre sur toutes les chaînes de télévision du pays. (Mêmes mouvements.)

Pour vous, le futur n’existe pas, car vous sentez bien que vous appartenez au passé. Impopulaire, minoritaire, détesté, le macronisme ne gouverne plus que par la peur.

Vous étiez pourtant si sûrs de vous ! Jamais un pouvoir ne s’était donné autant de mal pour faire passer en force sa politique : 49.3 en série, combines constitutionnelles, brutale répression des mouvements sociaux, piétinement de l’opposition, dissolution du Parlement, déni du résultat des élections, reconduite des perdants au gouvernement. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Jean-Victor Castor applaudit également.) Tant d’efforts pour gouverner seuls contre tous et vous voilà à déplorer un déficit que vous avez vous-même creusé !

Votre numéro de prophète de pacotille n’amuse plus personne.

Notre groupe parlementaire se félicite de n’avoir jamais adhéré à un seul de vos budgets qui nous ont conduits dans le mur. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Nous ne partageons pas votre diagnostic, encore moins vos remèdes. Les spéculations hasardeuses du Mozart de la finance nous ont coûté 1 000 milliards de dette supplémentaire. (« Eh oui ! » et applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Alors que les besoins en santé, en éducation, en services publics, en investissements dans la bifurcation écologique ont explosé, vous avez privé la puissance publique de recettes précieuses. Vous avez appauvri l’État et affaibli nos services publics. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Vous avez baissé l’impôt sur les sociétés, supprimé progressivement les impôts de production, supprimé l’impôt de solidarité sur la fortune, mis à sac le financement de la sécurité sociale et arrosé les transnationales avec plus de 200 milliards d’aides publiques annuelles allouées sans contrepartie.

Les drogués à la dépense publique portent un nom : celui du Medef, aux côtés duquel vous gouvernez. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.) Depuis huit ans, vous avez fait du capitalisme financier le plus grand assisté de la République. Les 500 plus grands détenteurs de patrimoines de ce pays vous remercient : au cours de cette période, ils ont doublé leur fortune (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP ), tandis que vous promettez les larmes et la sueur à tout le reste du pays. Quelle indignité !

Multiplication historique des défaillances de petites et moyennes entreprises, fermetures d’usines, taux de chômage à la hausse, approbation d’un accord humiliant avec les États-Unis : la fable des gestionnaires raisonnables autoproclamés a assez duré. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP. )

Vous en arrivez à demander aux salariés de travailler deux jours fériés gratuitement. Enlever deux jours fériés, c’est voler 4 milliards d’euros aux travailleurs, soit l’équivalent du montant de l’impôt de solidarité sur la fortune que vous avez supprimé. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Voler deux ans de vie avec la retraite à 64 ans ne vous a pas suffi ! Pour gaver ceux qui avaient déjà tout, il fallait priver ceux qui n’avaient rien de la tranquillité même de ce rien. Vous resterez dans l’histoire comme une oligarchie rapace ne supportant pas que les gens puissent profiter des petits bonheurs de la vie : consacrer du temps à soi-même, aux siens et aux autres, jardiner, aller au restaurant, partir en week-end, admirer la mer ou un ciel étoilé. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy et Mme Sandrine Rousseau applaudissent également.)

Monsieur le premier ministre, aujourd’hui est un jour de soulagement pour des millions de Français : soulagement de vous voir partir après vos mensonges lors du scandale Bétharram, du nom de cet établissement qui a mis des générations d’enfants en danger (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M.   Benjamin Lucas-Lundy applaudit également) ; soulagement de ne plus avoir comme ministre de l’intérieur un homme qui, comme Pétain, parle de « Français de papier » et qui hurle : « À bas le voile ! » (Mêmes mouvements)  ; soulagement que vous emportiez dans votre chute un projet de budget cruel et injuste visant à dépouiller le peuple de France.

Vous n’êtes pas seulement une imposture ; vous êtes aussi un danger pour le pays. La violence de votre politique s’abat dès le berceau : plus de 2 000 enfants naissent, vivent et meurent dans la rue aux côtés de 350 000 sans-abri – du jamais-vu depuis l’après-guerre. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.) Notre taux de mortalité infantile est l’un des plus élevés d’Europe. La maladie du scorbut, que l’on croyait éradiquée depuis un siècle, touche désormais de jeunes enfants. (« Quelle honte ! » sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Vous n’avez pas dépensé un centime pour protéger les enfants des violences sexuelles alors que dans chaque classe on compterait trois victimes d’inceste. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.) Vous n’avez rien fait pour démarchandiser le secteur de la petite enfance – pire : Mme Bergé a copiné avec les lobbys des crèches privées. Vous n’avez rien fait non plus pour les milliers d’enfants en situation de handicap, privés de scolarisation à la rentrée faute d’accompagnatrices. (Mêmes mouvements.)

Le macronisme est une fabrique de maltraitance infantile. À vous suivre, ces enfants-là n’avaient qu’à hériter. Emmanuel Macron avait oublié de le préciser : avec vous, l’argent ne ruisselle qu’à la naissance, sur les biens nés ! Vous avez fait de la France une société de caste archaïque où l’héritage concentre 60 % du patrimoine national. Comme au XIXe siècle, 80 % des actifs financiers et professionnels sont possédés par les 10 % les plus riches – mais comment vous en vouloir puisque vous en faites partie ? (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP. – Mme Karine Lebon applaudit également.)

Pour appartenir à ces gouvernements éphémères mais très sélects, il faut posséder au minimum trois logements et il convient, de préférence, d’être millionnaire…

…comme c’est le cas de vingt-deux de vos ministres, qui ont généralement hérité de leur fortune. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Le patrimoine cumulé des ministres au pouvoir représente 104 millions d’euros : la vérité de votre politique se trouve là !

Toutefois, vous n’êtes pas les seuls dans cette situation : l’extrême droite, votre assurance-vie, apprend beaucoup de vous. Après avoir refusé à huit reprises de voter la censure de votre gouvernement et empêché le débat sur la destitution d’Emmanuel Macron, la Lepénie pactise désormais avec les grands patrons. (« Eh oui ! » et applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Elle promet que son programme raciste maintiendra les fondamentaux d’Emmanuel Macron.

Voilà que se dessine la ligne de partage entre les projets parmi lesquels notre pays devra choisir !

Le nôtre est connu (Exclamations sur les bancs du groupe RN)  : diplomatie non alignée au service de la paix, relance de l’économie par la consommation populaire, justice fiscale, nouveaux droits, investissements dans la bifurcation et l’adaptation écologiques (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également) , passage à la VIe République pour mettre un terme au pouvoir d’un seul au détriment de tous.

En face, du macronisme à l’extrême droite, tous s’accordent sur la destruction des conquêtes sociales, les politiques climaticides, le statu quo sur la Ve République, le tout-sécuritaire et le consensus islamophobe.

L’alliance entre Macronie et Lepénie contre le progrès social humain s’incarne au ministère de l’intérieur. En un an, Bruno Retailleau aura trouvé plus de temps pour tweeter sur chaque député Insoumis que pour réagir aux meurtres d’Aboubakar Cissé, de Hichem Miraoui ou de Djamel Bendjaballah par l’extrême droite. (« Quelle honte ! » et huées sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont les députés se lèvent et applaudissent. – Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EcoS.) Quand il s’agit d’un défilé de néonazis, de l’agression par des fascistes du compagnon d’un député, d’une chasse aux personnes noires dans la Creuse ou encore des soixante-dix féminicides perpétrés sous son mandat, aucune trace de gesticulations de sa part. La ruine que vous avez produite n’est pas uniquement économique, elle est aussi morale !

À l’international, la voix de la France ne porte plus. France Diplomatie a laissé place à France Incantation. L’abominable génocide perpétré par l’armée israélienne à Gaza ne rencontre aucun obstacle du côté de la France, qui vient encore de livrer des dizaines de millions d’euros d’armes à un État dirigé par des criminels de guerre. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)

Plus de 60 000 morts, dont un tiers d’enfants, 40 000 enfants blessés, dont la moitié est handicapée à vie, et toujours aucune sanction contre leurs bourreaux. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –   M.   Alexis Corbière applaudit également.)

« Soyez humains si vous voulez être original ; plus personne ne l’est », disait le poète Max Jacob. Aujourd’hui, il nous incombe de renverser non seulement un gouvernement mais aussi un monde fondé sur l’inhumanité, la brutalité sociale et l’absence de solidarité. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.) Vos ricanements quand une femme atteinte du cancer vous reproche la loi Duplomb, votre morgue, vos calculs byzantins pour vous maintenir coûte que coûte,…

…les Français n’en peuvent plus.

Monsieur le premier ministre, personne ne doute que le président fera surgir mille avatars pour vous succéder. À MM. Darmanin, Lecornu et à tous ceux dont les appétits s’aiguisent à mesure que les places dans le radeau se libèrent, je déclare : sachez que vous êtes les noms génériques d’une politique avec laquelle les Français veulent rompre. Si les génériques sont généralement moins chers que les originaux, vous, vous ne valez plus rien ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Nous vous alertons solennellement : tous ceux qui tenteront de sauver le soldat Macron tomberont avec lui. (« Eh oui ! » et applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont plusieurs députés se lèvent.)

Les Insoumis ne se vendront jamais pour une place ni un ministère.

Monsieur le premier ministre, vos passages en force ne passent plus. S’ils atteignent leur apogée néocolonial à l’encontre de nos concitoyens d’outre-mer, le grand nombre s’est mis en mouvement et rien ne l’arrêtera : ni le GIGN ou le Raid déployés en Guadeloupe, ni la compagnie républicaine de sécurité 8 envoyée en Martinique, ni l’armée présente en Kanaky-Nouvelle-Calédonie.

Saccager les conditions de vie de ceux qui souffrent sans qu’ils opposent de résistance, c’est fini ! Vous avez raison d’avoir peur. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Le dégoût suscité par votre politique s’est donné rendez-vous le 10 septembre. Ce jour agit comme un formidable encouragement à l’action. Avec la chute de votre gouvernement et la défaite de votre budget, le mouvement aura obtenu une victoire avant même d’avoir commencé ! (Mêmes mouvements.)

À présent, il ne reste plus beaucoup d’options au forcené de l’Élysée. Si le président ne souhaite pas changer de politique, il nous faudra changer de président ! Ne lui en déplaise, en cette rentrée, la souveraineté populaire revient à la mode – le dégagisme aussi. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Partez aujourd’hui, monsieur Bayrou. Emmanuel Macron vous suit de près. Le peuple s’impatiente : il a tout un monde à inventer ! (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent longuement. – Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS et GDR.)

Compte rendu intégral de la séance sur le site de l'Assemblée nationale.